Uli Windisch

De la nécessité de l’anonymat sur Internet

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Le bienfait de l’anonymat

L’anonymat sur Internet est une question complexe. Certains argumentent comme à l’époque du forum des Creusets que ça donnait une impression d’impunité et ont donc imposé sa levée. On a bien vu l’effet du « Benjamin Roduit is watching you »: la fréquentation a baissé drastiquement, au point que le forum a été tout bonnement fermé, faute de visiteurs. Même si ces derniers n’avaient rien à se reprocher, ils avaient l’impression justifiée de ne plus être libre de leurs paroles. J’ai beau chercher des effets positifs à cette décision, je n’en vois aucun. Les critiques envers la direction ont perduré et se sont même empirées. Les élèves ont juste continué entre eux, en toute discrétion dans les couloirs. Mais le recteur était content, ça ne faisait plus désordre, comme les jeunes de Saillon qu’il repoussait allègrement hors du village lors de sa présidence…

De plus, un message dont l’auteur ne serait plus anonyme serait biaisé. En effet, si le personnage est très important, il aura une résonance médiatique détonante, tandis que s’il s’agit d’un M. Tout le monde, on aura au pire un effet de pétard mouillé. De plus, si l’auteur d’un message est connu, on va les décoder dans un référentiel complètement différent, avec des a priori pouvant déformer le sens voulu par son auteur. On va commencer à analyser les raisons qui l’ont poussé à écrire et établir toute une série de suppositions boiteuses telles que: c’est parce qu’il a échoué aux dernières élections, c’est pour se venger, etc… Alors qu’on ne peut objectivement pas le savoir, puisque seuls les auteurs savent pourquoi ils ont écrit. Il ne faut pas oublier que le messager est moins important que le message.

Notons également que l’anonymat, même en Valais, peut permettre de se préserver de la vengeance de ceux qu’on critique. Ainsi, lors des dernières élections communales, je souhaitais écrire au Nouvelliste un petit Courrier de lecteur sur un sujet qui me chiffonnait. Je leur ai donc demandé si je pouvais être anonyme dans le journal (et pas vis-à-vis de la rédaction, notez bien). Devant leur refus (que je comprends), j’ai dû m’abstenir de publier mon écrit, de peur que cela ne retombe sur mon père ou d’autres membres de ma famille engagés en politique locale ou simplement connus dans le village qui auraient pu se voir refuser des postes ou de menus travaux.

En résumé, l’anonymat est la garantie de ne subir aucun désagrément de quelque sorte que ce soit, à cause de nos opinions pour nous-même ou pour ceux qui nous sont proches.

L’anonymat et la justice

Alors bien sûr, l’anonymat n’autorise pas tout. Sa levée ne devrait pouvoir se faire par contre que vis-à-vis de la justice, et que cela ne soit pas rendu public. Petit exemple: le cas récent d’Octopotins. L’on peut se demander à juste titre si la plainte du président de Martigny n’était pas destinée à égratigner l’image d’un adversaire politique. En effet, il me parait peu plausible qu’un Martignerain (de surcroit fortement impliqué en politique) puisse ne pas faire le lien entre le pseudonyme et l’auteur qui, pour mémoire, signe l’espion de César (Conforti).

Quant à l’argument de la diffamation, c’est une fausse justification, sinon la justice passerait son temps à condamner à la chaîne, en commençant par le sieur Windisch. Ah si seulement chaque citoyen allemand traité de nazi par ce bon professeur lui envoyait les avocats! Pardon, j’oubliais, les avocats et la justice, c’est pour les puissants pas le peuple. Et qu’on soit en premier sur une recherche ou dans les tréfonds du web que même le Googlebot n’a pas explorés, on a tout autant le droit à la parole. Tous les actes politiques, aussi glorieux soient-ils, ne donnent aucunement le droit de faire taire les voix dissidentes. D’ailleurs, si l’on n’a rien à se reprocher, on ne devrait pas les craindre. Les fausses rumeurs et les insultes vont de pair avec le statut de personnage public. Si l’on n’est pas capable de les supporter et le cas échéant d’y répondre intelligemment, qu’on se retire de suite de la vie publique.

Addendum

(la partie ci-dessous a été écrite le 1er juillet)

Il va bien entendu de soi qu’il y a l’art et la manière. Il y a une critique réfléchie, appuyée, étayée et il y a une critique bête et méchante, sans fondement. Dans le 1er cas, qu’importe l’identité, du moment que l’anonyme ne se fait pas passer pour celui qu’il n’est pas? Dans le 2ème, pour ma part, les très rares fois où ça m’arrive, je les ignore. Pour les autres qui sont plus sensibles, je ne puis que vous recommander d’adopter la même voie car vous ne pourrez jamais éviter toutes les critiques anonymes.

Octopotins L’avis de Zérozérosix sur l’anonymat

Site de la TSR Reportage du TJ du 23 juin sur l’affaire Octopotins-La Grenette (avec de vrais morceaux d’un anonyme terrifiant!)

Windisch, censure et démocratie

Pascal Décaillet, invité du Nouvelliste du 5 juin, vient au secours d’Uli Windisch. Chacun pensera ce qu’il voudra mais dans mon esprit, il ne fait aucun doute que Windisch a dérapé, non pas sciemment, mais par maladresse. Lorsque l’on est un professeur de son renom, qu’on a le temps de penser ses mots dans un journal (au contraire d’un passage TV qui pourrait déraper), on se garde bien de sortir des énormités. Suggérer, même à demi-mots, que les Allemands d’aujourd’hui sont les nazis de hier (même parallèle pour les socialistes et les communistes d’hier) est une erreur épouvantable d’inculture. Si encore il avait dit ça pour provoquer, pour les faire réfléchir ou pour attiser la colère de ses ennemis, comme le toréador et le taureau, ça ne me poserait aucun problème. Mais non, M. Windisch semble vraiment croire ce qu’il dit.

Parler de censure à son égard est aussi un peu déplacé, car il me semble qu’il a pu s’exprimer plutôt librement, au contraire de la personne à qui il a envoyé ses avocats. D’autant plus qu’il l’a fait dans le Nouvelliste, seul quotidien valaisan. Ne vous méprenez pas, je ne suis pas en train de dire que ce journal applique une censure, c’est normal, il applique une ligne éditrice. Mais il serait quand même bon pour le Valais (et tout autre canton ne disposant que d’une seule voix de presse) de disposer de plusieurs sons de cloche au quotidien. Il faut être réaliste, le Nouvelliste est lu par trois sortes de gens: ceux qui sont d’accord avec les idées de la rédaction (et qui pour la plupart s’en contentent), ceux qui ne sont pas d’accord (et veulent lire l’avis de leurs opposants, mais ils sont rares) et enfin ceux qui le lisent par dépit, pour avoir des nouvelles du Valais ou pour la rubrique nécrologique. Comment dès lors garantir la pluralité des opinions? C’est tout bonnement impossible et c’est sans doute une des raisons de la mainmise du PDC sur beaucoup de nos contrées. Mais je me répète encore une fois, ceci n’est pas la faute du Nouvelliste.

Enfin, quoi qu’il en soit, en toute chose,  doutez, doutez à en crever et à vous en faire péter la cervelle. Car le vrai ennemi de la démocratie c’est bel et bien le trop-plein de certitudes.