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L’envers du miroir

Quelle bataille y-a-t-il à gagner s’il n’y a pas d’ennemi à combattre? Quelle gloire y-a-t-il à avoir une idée, si insignifiante soit-elle, s’il n’y a pas d’opposition? La réponse tient en un mot: aucune. S’il n’y a pas de courant contraire, notre pensée se met à fonctionner en vase clos et comme tout système renfermé sur lui-même, nous finirons comme une vieille charogne vidée de sa substance. Ce sont eux qui nous poussent plus loin dans nos retranchements,  qui mettent en doute nos certitudes, qui ébranlent nos convictions, qui nous font voir les questions sous des angles qui nous avaient échappés. Et même si personne ne l’admettra jamais publiquement, nos propres positions peuvent être teintées par les leurs au fil du temps ou au pire seront renforcées, un peu comme un système immunitaire face à un virus.

Les Gregory Logean, Suissnet (Hipparchia, Lycaon et même Millénium, c’est dire!), Freysinger, les UDC et les PDC de tout poil, les Vincent Pellegrini et j’en passe, j’aimerais leur dire merci. Merci de me donner cette décharge salutaire, merci de me forcer à creuser (je vous tends une perche, je sais) mes théories fumeuses de gausciste. Sans vous, je m’endormirais probablement, me posant de moins en moins de questions jusqu’à une hibernation intellectuelle définitive. J’avoue que je ne le supporterais pas, se prélasser dans ses certitudes c’est être pareil au cochon se roulant dans la fange.

Alors même si je lance des bouteilles à l’amer qui ne seront jamais lues, peu importe, tant qu’il y a des choses à écrire. Je compte sur vous pour garder cette envie vive.

Windisch, censure et démocratie

Pascal Décaillet, invité du Nouvelliste du 5 juin, vient au secours d’Uli Windisch. Chacun pensera ce qu’il voudra mais dans mon esprit, il ne fait aucun doute que Windisch a dérapé, non pas sciemment, mais par maladresse. Lorsque l’on est un professeur de son renom, qu’on a le temps de penser ses mots dans un journal (au contraire d’un passage TV qui pourrait déraper), on se garde bien de sortir des énormités. Suggérer, même à demi-mots, que les Allemands d’aujourd’hui sont les nazis de hier (même parallèle pour les socialistes et les communistes d’hier) est une erreur épouvantable d’inculture. Si encore il avait dit ça pour provoquer, pour les faire réfléchir ou pour attiser la colère de ses ennemis, comme le toréador et le taureau, ça ne me poserait aucun problème. Mais non, M. Windisch semble vraiment croire ce qu’il dit.

Parler de censure à son égard est aussi un peu déplacé, car il me semble qu’il a pu s’exprimer plutôt librement, au contraire de la personne à qui il a envoyé ses avocats. D’autant plus qu’il l’a fait dans le Nouvelliste, seul quotidien valaisan. Ne vous méprenez pas, je ne suis pas en train de dire que ce journal applique une censure, c’est normal, il applique une ligne éditrice. Mais il serait quand même bon pour le Valais (et tout autre canton ne disposant que d’une seule voix de presse) de disposer de plusieurs sons de cloche au quotidien. Il faut être réaliste, le Nouvelliste est lu par trois sortes de gens: ceux qui sont d’accord avec les idées de la rédaction (et qui pour la plupart s’en contentent), ceux qui ne sont pas d’accord (et veulent lire l’avis de leurs opposants, mais ils sont rares) et enfin ceux qui le lisent par dépit, pour avoir des nouvelles du Valais ou pour la rubrique nécrologique. Comment dès lors garantir la pluralité des opinions? C’est tout bonnement impossible et c’est sans doute une des raisons de la mainmise du PDC sur beaucoup de nos contrées. Mais je me répète encore une fois, ceci n’est pas la faute du Nouvelliste.

Enfin, quoi qu’il en soit, en toute chose,  doutez, doutez à en crever et à vous en faire péter la cervelle. Car le vrai ennemi de la démocratie c’est bel et bien le trop-plein de certitudes.

Homosexualité, société, culture et morale

Ce billet est en réponse à ce  message de Vincent Pellegrini sur le Blog Religions du Nouvelliste, plus particulièrement au sujet de son commentaire sur le maintien de l’interdiction des mariages homosexuels en Californie.

La culture doit-elle être morale?

S’il vous plaît, ne mettez pas sur le dos de la télé la capacité prodigieuse qu’ont les êtres humains à être de parfaits salopards. Ce n’est pas parce qu’il y a du cannabis dans Weeds que les jeunes fument, ce n’est pas parce qu’il y a des armes dans Les experts qu’il y a des meurtres, ce n’est pas parce que les personnages de Top models se marient souvent avec les ex-conjoints de leur progéniture qu’il y a des divorces et ce n’est pas parce que Numéro 13 dans Dr. House est bisexuelle qu’il y a des homosexuels. À part peut-être pour Top Models, la plupart des séries actuelles expliquent leur succès par leurs aspects humoristiques , leur suspense ou leur style.

Je ne regarde pas 24h chrono pour prendre plaisir à voir Jack Bauer torturer et tuer des gens mais parce que son scénario est plein de suspense. D’ailleurs, pour une série violente, je trouve que l’ami Jack est bien éthique: l’attachement à sa famille, la fidélité à son pays et ses habitants, le placement de la vie humaine au-dessus des lois (il est prêt à aller en prison pour sauver des innocents), il affronte la mort pour ne pas mettre en danger d’autres personnes (il ne cède pas aux séances de torture qu’on lui inflige),etc…

Enfin, une œuvre culturelle (radio, musique, livres y compris) n’a pas à être forcément morale. Je ne vais pas vous faire l’affront d’offenser votre culture mais songez au nombre d’œuvres présentes et passées qui sont moralement insoutenables mais pourtant géniales. La réciproque de ce théorème est qu’une œuvre « bonne » moralement peut être totalement dénuée d’intérêt.

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