industrie musicale

La créativité en danger

Le titre n’est pas anodin. J’aurais pu dire que c’était la création qui était en danger, mais j’aurais alors oublié une donnée à mes yeux essentielle: la création n’est pas créative par essence. Ce n’est pas parce que l’on fabrique un nouvel objet (un CD, un meuble, une voiture, ou n’importe quoi d’autre) qui n’existait pas avant que l’on est forcément novateur. Des ingénieurs qui auraient planché sur un nouveau modèle de téléphone portable ne sont pas créatifs si le modèle en question n’est qu’une mise à jour d’un modèle préexistant, un artiste qui sonne comme un de ses prédécesseurs ne l’est pas non plus, etc…

D’ailleurs, dans le cas de la musique, ça fait longtemps qu’elle n’est plus considérée comme un art, on la consomme, on achète le dernier CD à la mode au supermarché, d’ailleurs souvent non loin du rayonnage des romans à l’eau de rose, on écoute la radio qui, étrangement, quelle que soit la station, nous propose souvent les mêmes tubes du moment. Et on ne parle même pas des autres médias, la presse et la télévision auraient pu être de riches espaces d’information, suscitant le débat et l’interrogation. Mais au lieu de cela, ils nous servent des opinions déjà toutes faites. D’ailleurs, c’est bien connu, la plupart des gens ne vont pas lire un journal parce qu’ils n’apprécient pas l’opinion qu’il donne. Ils se redirigent donc vers un titre qui va les rassurer, puisque reflétant leur propre opinion.

Pascal Nègre

De la culture prête à être digérée, du divertissement pour les masses, voilà le Panem et circenses moderne. D’aucuns diront que j’exagère, mais constatez par vous-mêmes, au lieu de parler de la musique comme d’un art, on parle d’industrie (culturelle), il y a des émissions apprenant à leurs candidats à devenir des stars, à l’issue desquelles il y a un contrat juteux. Le plus scandaleux dans le cas de la Star Academy, c’est d’avoir un patron de maison de disque présent dans les membres du jury. Ce triste personnage a pour métier de faire du business avec la musique. Il n’est donc pas sensé chercher une nouvelle star, mais chercher celui ou celle qui sera la plus bankable. Ce n’est pas particulier à Pascal Nègre ou à la Star Academy, mais de nos jours, on semble favoriser ceux qui font rentrer de l’argent immédiatement. Pour beaucoup d’entre eux, le soufflé est vite retombé. La plus belle erreur de casting fut d’ailleurs Olivia Ruiz, éjectée de la 1ère édition au profit de Jenifer. Comment ont-ils pu être autant aveugles pour ne pas voir son talent? Bon, on se consolera en se disant que si elle avait gagné, elle serait passé à travers la moulinette du formatage.

Tant qu’à parler d’argent, parlons aussi de cynisme. Dans ce genre de concours télévisés, la partie émotionnelle compte pour beaucoup, voire même davantage que les réelles qualités musicales. On a pu observer ce phénomène avec Grégory Lemarchal. Atteint de mucoviscidose, c’était le vainqueur idéal, celui qui saurait emporter les faveurs du public et des consommateurs. Alors on nous raconte de belles histoires mais on sort des disques après sa mort et on oublie surtout que la fameuse soirée-hommage diffusée sur TF1 organisée pour récolter des dons a donné à la Une sa plus grosse audience du mois de mai et les recettes publicitaires qui, elles, n’ont pas été à la recherche contre la mucoviscidose mais dans les poches de TF1.

Cette logique du tout-profit se poursuit inévitablement sur les radios et dans les journaux grand public, il faut atteindre les masses qui n’ont pas envie de se creuser la tête. Car il faut bien l’avouer, le niveau de l’industrie musicale est en partie imputable au manque d’exigeance du public, ce qui fait les affaires des majors car la soupe auditive est plus facile à fabriquer qu’un plat raffiné. Ca, c’est pour la musique FM, mais le système a aussi ses ramifications dans les niches plus spécialisées. Un exemple pourrait être le phénomène du Metal « à chanteuse ». Même s’il y a des groupes légitimes qui ont une vraie richesse, une différence significative, ils seront noyés dans la masse. Dès lors, comment arriver à voir clair?

La réponse est simple, mais très difficile à mettre en oeuvre: avoir de la curiosité et chercher par soi-même, ne surtout pas attendre que ça vienne à nous. Internet se révèle alors un précieux outil, malheureusement à double tranchant, le foisonnement des sources rendant difficile le choix. Et se rappeler d’une chose essentielle: la seule personne capable de vous donner une culture musicale, c’est vous-même