
Ah ce bon vieux Lycée-Collège des Creusets, son recteur plein de sagesse (je me rappelle encore avec grande émotion sa jolie fable du tailleur de pierre), son cadre charmant (je vous recommande les bancs près de la gouille, c’est très romantique). Voilà plus de cinq ans que je l’ai quitté et je m’en souviens encore avec nostalgie. Et voilà que j’en entends parler à nouveau dans la presse. J’ai été constater sur place, il y a donc deux lignes rouges bien visibles aux deux entrées frontales du LCC.
Cité par le quotidien orange, le proviseur Christian Wicky dit que c’est une ligne symbolique signifiant que l’on entre dans un espace régit par d’autres valeurs, notamment le respect mutuel. Ca peut paraître une idée pleine de bon sens, mais il n’en est rien. Je peux comprendre pour la fumée (bien qu’il y aie déjà de grands panneaux stipulant l’interdiction de fumer trop près de l’entrée) mais en quoi le port d’une casquette ou l’écriture d’un SMS à la pause est irrespectueux?
On pourrait penser que c’est pour éviter qu’ils n’en écrivent pendant les cours, mais personne ne me fera croire qu’un prof attentif à ses élèves (ce pour quoi il est payé, par ailleurs) n’est pas capable de voir qui utilise son téléphone ou son baladeur pendant les cours, quitte à utiliser la bonne vieille confiscation. Simple (une boîte en carton dans un tiroir), ciblé et plus efficace qu’un épouvantail. Quant à la casquette, en quoi est-ce un problème? Elle ne perturbe pas l’attention en cours, elle ne permet pas de tricher, au pire elle est juste inconfortable s’il fait trop chaud. Il n’y a rien de dérangeant, pas davantage que dans un serre-tête ou un bandana. Si un lecteur veut bien essayer de me montrer en quoi c’est pertinent de l’interdire, qu’il ne se gêne pas de m’en faire part, car en toute bonne foi je ne vois vraiment pas.
Pour la ligne en elle-même, son problème c’est qu’elle n’est qu’un symbole. Autant on tient compte de ceux qui nous signalent un danger de mort sans les remettre en question une seule seconde (ou alors c’est qu’on est inconscient), autant un symbole type lignes de parcage sera ignoré si l’on n’a pas de respect pour ce qu’elles représentent. Et pour que cela puisse se faire, il faut pouvoir comprendre le bien-fondé de la règle, ce qui est assez compromis dans ce cas.
Enfin, cela ne m’étonne guère venant du Très-Saint LCC. Il ne faut pas se fourvoyer, même si la décision de faire peindre cette ligne a été prise par le proviseur, il ne fait nul doute que le recteur Benjamin Roduit a quelque chose de près ou de loin à voir dans cette décision. Le même qui avait demandé la censure d’un piercing à la langue et de deux filles qui s’embrassaient dans un livre-souvenir (j’ai une copie de la version originale), le même qui réglait très efficacement les problèmes de jeunes à Saillon en les refoulant aux confins du village (comme quoi les limites, ça le connait), le même encore qui avait transformé la fabuleuse guerre des sections en un ersatz mou et insipide. Mais bref, le but de cet article n’est pas de m’étaler sur ce personnage que je ne regretterai pas, bien qu’il y aurait encore quelques choses à dire.
PS: Si d’aventure un membre de la direction ou un professeur passait par là, je l’invite à déposer un commentaire.