Textes

113ème cigarette sans dormir

J’ai arrêté de compter les cigarettes qui s’amoncellent dans le cendrier, la musique péniblement crachotée par le vieux poste de radio n’atteint même plus ma conscience. Ce monde semble s’effacer pour laisser place à un angoissant face-à-face avec moi-même. C’est ce qu’il y a de pire dans les crises d’insomnie, la confrontation avec les peurs,  les doutes, les manques, les regrets et tous ces vieux fantômes que nous traînons. On croit pouvoir en tirant la couverture sur nos cadavres nous oublier le temps d’une nuit, s’évader au pays des rêves, mais au lieu de cela, nous n’avons que l’étreinte funeste d’Éphialte et les cauchemars en guise d’espoir. Rien ne peut changer, comme un bateau perdu dans la tempête, on ne peut que s’agripper et espérer que ça passe, un jour. Mais la nuit avance, et à force le bruit, tout d’abord imperceptible, de la montre qu’on a pris soin de cacher sous une pile de vêtements, envahit petit-à-petit la pièce, comme s’il rebondissait contre les murs pour nous encercler avec ses maudites aiguilles. Les soucis qu’on avait avant de s’endormir se muent en une nouvelle angoisse, celle de ne pouvoir fermer l’oeil une nuit de plus.

Et ce maudit cerveau, ne pourrait-il pas se taire, s’arrêter de fonctionner à mille à l’heure, au moins une fois? Mais non, il prend un plaisir sadique à nous tenir aux aguets, même pas en veille (ça serait trop gentil). Le genre d’état qui maintient vos yeux ouverts comme ils le seraient avec des allumettes, on se sent fatigué, on veut dormir profondément, mais rien à faire, ça cogite là-haut. Si au moins j’étais une machine, on pourrait me débrancher, interrompre le flux des idées. Je pourrais passer par les médicaments, les drogues ou d’autres choses plus radicales, au moins j’aurai la paix éternelle. Mais ça me bouffe tellement que je ne peux rien faire d’autre que subir comme un zombie. Enfin, contrairement à lui, j’ai encore conscience du temps qui passe. Et je suis là, à étaler mes insomnies sur un vieux bloc-notes, à destination d’on-ne-sait-qui. Est-ce une protection contre la folie ou le premier pas vers elle?

Je l’ignore, mais j’en ai assez, alors…

Adieu

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Vers la lumière

Tu marchais au bord de l’abîme
Qui tant de fois t’avait fait sombrer
Cherchant les morceaux de ton âme délabrée
Déchirée par les supplices du sublime

Les heures passent et ta peine
Te suit comme une ombre lascive
Qui t’a planté ses incisives
Et resserré tes chaînes

Lève-toi et aie la force de t’en libérer
Je suis là, et je traverserai la tempête
Avec toi, si tu l’acceptes
Pour qu’à nouveau tu puisses espérer

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Pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font

"Fire raiser" - 88grzes

La 29 novembre 2009, la Suisse a accepté l’initiative anti-minarets. Indignation, honte, aterrement, résignation, acceptation de la défaite, tels furent les sentiments de l’opposition. Mettant la démocratie sous le joug de la peur, la droite dure avait fait passer ses idées. Mais comme aux échecs, il faut toujours prévoir plusieurs coups d’avance, et force est de constater que les partisans étaient très forts. Ils nous ont assuré que ce vote n’était pas contre les musulmans, ce qui s’avéra être le cas. En effet, lorsque la Cour Européenne déclara invalide la loi qui avait été votée, ceux qui l’avaient défendue s’empressèrent de mettre en branle l’effroyable atout qu’ils avaient gardé dans leur manche. Galvanisés par leurs récentes victoires, ils remportèrent le soutien populaire lorsqu’ils proposèrent de dissoudre les accords internationaux que la Suisse avait liés, prétendant qu’on aurait ainsi la paix. Blanc

Le brasier allumé par les Helvètes se propagea à l’Europe, puis à la planète entière, cette vieille civilisation schizophrène à la recherche de son identité pensait la retrouver en démolissant tout ce qui pouvait amener à la collaboration entre les peuples, bientôt remplacée par la confrontation comme moyen d’interaction privilégié. Retour en arrière avez-vous dit? Avec la dissolution des Nations-Unies et des autres entités supra-nationales qui arriva peu après, le monde n’avait plus aucune protection contre les multiples fléaux menaçant l’humanité. Cela commença par de petites échauffourées qui se transformèrent bientôt en conflits de large envergure qui dégénérèrent eux-mêmes en guerre mondiale. Rouge

Les tensions belliqueuses étaient surtout l’affaire des pays riches, mais les autres souffrirent aussi terriblement, les ressources habituellement utilisées pour les aider étant monopolisées pour la guerre. Ne parlons même pas des réfugiés, des gens du peuple, des innocentes victimes qui mourraient par milliers de manque de nourriture, de soins médicaux, d’eau, d’espoir. Noir

Ils croyaient nous protéger, pourtant ils ne firent qu’entraîner l’humanité dans la pire période de son histoire. Pâle

Metallica – The four horsemen

paroles


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Et que s’ouvre l’abysse devant toi, mon amour

Une lumière blafarde et mourante dessine tes contours avec une intimité à nulle autre pareille, elle est une invitation à l’abandon des corps et des âmes. Aidé par l’alcool qui embrume nos esprits, j’ose enfin passer mes doigts sur ton visage, découvrant la texture délicate de ta peau et m’émerveillant de tant de perfection. Je sens que tu es troublée par ces innocentes caresses, ta respiration fait comme une douce brise sur mon visage. Tu surprends alors ta main effleurant la mienne comme si nous n’étions plus maîtres de nous-mêmes mais plutôt l’un de l’autre. Tes lèvres s’approchent de mon oreille et tu me dis dans un murmure de cristal: « Je te veux, mon ange ». Je frissonne à cette pensée tandis que ta langue se glisse le long de mon oreille, puis de mon cou. Ma main passe derrière toi pour t’inviter à t’approcher davantage puis c’est à mon tour de perdre ma bouche dans ton cou.

Après t’être abandonnée quelques instants, un sursaut d’adrénaline emplit tes veines, tu saisis alors ma tête et tu m’embrasses langoureusement. ta main s’introduit sous mes vêtements et tu caresses mon dos. Je me sens comme en transe et ma respiration s’accélère. Tu enlèves mon pull et caresses mon torse, tu me sens frémir sous tes caresses adroites, mon visage est l’expression de l’extase à l’état pur, je me sens hors du temps et de l’espace, plus rien n’existe que toi et moi. Tu parsèmes mon torse de tes baisers, donnant de petits coups de langue sur les tétons puis les pinçant délicatement avec tes dents, pour finir par apaiser cette délicieuse douleur. Tu t’agenouilles et ton regard en dit long sur tes intentions. Tu défais ma ceinture d’un geste et fais tomber mon pantalon à mes pieds. tandis qu’une de tes mains s’affaire à griffer mon torse, de l’autre tu caresses mon sexe à travers le fin tissu te séparant de l’objet de tes désirs. Tu le sens qui se gorge de sang, alors tu enlèves ce dernier rempart et de le voir ainsi dressé pour toi te donne des envies irrépressibles…

Ta main l’effleure à peine et il se raidit encore, quelques coups de langue le long de la verge finissent par achever ma volonté, je suis dès lors à ta merci. Tu le prends dans ta bouche en exerçant une légère pression des lèvres pour l’enserrer, ne l’avoir que pour toi. Puis tu te relèves d’un coup et ton regard empli d’un mélange de désir, de malice et d’envie provoque en moi un trouble encore plus grand. Plaquant tes deux mains sur mon torse, tu me pousses sur le lit et telle une panthère, tu t’approches de ta proie. Tu te déshabilles et je suis émerveillé par la perfection de ton corps, tes cuisses, tes seins, tes hanches sont autant de symphonies invitant au plaisir charnel. Tu te colles à moi, en prenant bien soin que nos sexes se frottent pour me rendre encore plus fou de désir. Tu t’approches de mon oreille et me mordilles les lobes en continuant de te frotter à moi. Puis tu dis d’une voix émue: « Embrasse-moi, mon ange… partout! »

Puis tu nous retournes d’un mouvement. Je me mets alors à embrasser tout ton corps, palpant tes seins tendres et généreux à la fois. Tes tétons sont grossis sous l’excitation, je ne manque donc pas d’y goûter, ce qui provoque des râles de plaisir… Je sens alors tes mains agrippant mes cheveux et tu plaques mon visage contre ton sexe. Quel bonheur! Il est délicieusement parfumé et son goût est exquis. Ma langue commence à remplir son office tandis que tu manipules ma tête pour qu’elle fasse exactement les mouvements que tu désires. Tout ton corps bouge sous l’effet des coups de langue, quant à moi je m’enivre de tes effluves, je sens tes mains qui serrent de plus en plus fort mes cheveux, ta respiration qui se fait violente, des spasmes de plaisir te foudroient tandis que tu m’enserres le visage entre tes cuisses. Puis je t’entends murmurer: « Ne faisons qu’un »…

Je remonte alors vers ton cou pour l’embrasser et le mordiller, en frottant ma verge qui est vraiment raide, elle finit par trouver son chemin et lorsqu’elle entre enfin, nous poussons un soupir à l’unisson. Je commence tout d’abord lentement, nos regards se croisent et nos yeux sont embrumés d’envie. J’accélère un peu, sortant puis rentrant complètement, en étant un peu plus brutal de temps en temps et au vu de la réaction provoquée, tu adores ça. Nos gémissements rythment les mouvements, la cadence grimpe de plus en plus vite, tes mains passent dans mon dos et je sens tes ongles dans ma chair Nos respirations se font rauques et ce lit est devenu un véritable champ de bataille dans la lutte sans merci que nous nous livrons. Nos corps se tendent et s’enserrent encore plus fort, et soudain, je m’enfonce au plus profond de toi, tu es parcourue à nouveau de spasmes qui étranglent mon sexe. De longs jets chauds pénètrent en toi et tes ongles s’enfoncent encore plus dans ma chair, nous hurlons tous deux comme des damnés, le sourire de l’orgasme partagé aux lèvres.

Lorsque je reprends mes esprits, je dépose un doux baiser sur tes lèvres et je m’allonge à côté de toi. Tu déposes ta nuque sur mon bras , je le replie en t’enlaçant tendrement. Tu passes tes mains dans mes cheveux et avec le regard encore plein d’étoiles je devine sur tes lèvres ces mots magiques: « Je t’aime »

Saez – Clandestins

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Une âme à l’amer

Cette satanée pluie frappait encore sur les fenêtres de ce petit hôtel pourri dans lequel je suis depuis quelques jours. Je les ai passés à noyer mon âme dans des litres d’alcool pas cher, pensant ainsi que ma douleur s’atténuerait. Mais je n’ai réussi qu’à vomir mes tripes et regarder les cafards se baladant dans la crasse tandis que je me tenais l’estomac. Je ne sais même pas ce que je fais là, lorsque je suis parti je n’avais aucun but, j’ai roulé pendant des kilomètres sans réfléchir le moindre instant, tout ce qui m’importait c’était d’avancer, de fuir encore plus loin. Puis j’ai vu que j’approchais de la panne sèche, je me suis donc arrêté au premier endroit venu, un peu perdu au milieu de nulle part. J’ai donc réservé une chambre et ai payé une semaine d’avance. Je n’avais bien entendu rien pris avec moi, alors je me rendis à la petite épicerie du coin. La caissière m’accueillit avec un espèce de sourire béat, mécanique, un peu comme à un singe auquel on aurait appris un tour.

Ayant repéré une piquette pas chère et à la haute teneur en alcool, j’en pris quelques bouteilles et je partis bien vite de cette boutique minable pour aller dans la chambre, tout aussi minable. Des murs noircis par la fumée, au travers desquels j’entendais sans problème les amants d’un jour d’un côté et l’émission de télé-réalité de la vieille mémé démente de l’autre. Pas de quoi exactement vous mettre la joie… Alors j’ai allumé une cigarette et la radio qui heureusement crachotait péniblement du bon vieux rock. Je poussai le volume pour couvrir les bruits ambiants et je me mis à boire.

Mais soudain, un titre passa à la radio, un titre qui me fit émerger de mon brouillard. C’était une chanson très familière, « notre chanson » à moi et ma chérie. Enfin c’était, car ma conscience se rappela ce que je fuyais. Elle avait eu un accident de voiture et je l’avais enterré il y a quelques jours à peine. Lorsqu’on l’a mise en terre, mes larmes coulaient sans s’arrêter et après la première pelletée de terre, je suis parti, j’ai enfourché ma moto et j’ai roulé. Et voilà que je pleure à nouveau toutes les larmes de mon corps, je revois son beau visage, ses cheveux légèrement roux et longs délicatement posé sur son cou blanc. Que j’aie les yeux ouverts ou fermés, je la vois, en face de moi, une expression qui me suppliait de l’aider mais bien entendu je ne pouvais rien faire et la voir devant moi si réelle était insoutenable.

Il n’y a plus qu’une bouteille, je la vide d’un trait en espérant que cette vision s’évanouisse en même temps que ma conscience. Mais rien n’y fait. Je commence à voir des choses plus étranges encore, des pensées se bousculent dans ma tête, je revois tous les moments que nous avons passés ensemble, les souvenirs se font vivants, j’entends sa voix, je sens son parfum préféré dans mes narines, sa façon de marcher, sa voix mélodieuse, le lieu de notre rencontre, ça fuse de tous côtés, mon esprit s’emballe, je n’ai plus aucune maîtrise sur lui.

Les larmes, si cela était encore possible,  se mettent à couler encore plus fort, ma gorge se serre, je commence à voir trouble, ma respiration est haletante, je tiens à peine assis sur le rebord du lit. je prends alors une grande respiration, me lève avec difficulté et je vais dans la salle de bain. Mon visage est blème, comme si mes pleurs avaient aspiré sa vitalité, mes yeux sont cernés et rouges comme ceux d’un insomniaque. J’ouvre le robinet d’eau froide et m’en asperge le visage pour tenter de me remettre les idées en place. Je relève les yeux et je commence à parler avec mon reflet, comme si je m’étais séparé de mon corps, qu’il était « enfermé » de l’autre côté. Après quelques instants à me dévisager,je retourne dans la chambre et je regarde avec insistance le cordon du rideau…

La tension qui parcourait mon corps s’évanouit lentement, je me sens apaisé tandis que j’attache la corde à une poutre apparente. Je passe ma tête au travers du nœud coulant, mes paupières se ferment, mes bras tombent le long de mon corps, mon esprit se vide. D’un coup de pied, je fais basculer la chaise, je sens la fibre de la corde creuser des sillons dans mon cou, écraser ma trachée et mes artères. Je peux sentir l’asphyxie libératrice venir lentement, un espèce d’étrange sourire me monte aux lèvres, tout mon être est apaisé, heureux de pouvoir enfin tout arrêter, comme un condamné à mort attend l’injection fatale qui le libérera de sa non-existence.

Enfin…

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