Voici un petit article inspiré par l’affaire Mitterrand et l’analyse faite par le sieur Pellegrini. Cependant, comme il n’est pas le seul à aller dans ce sens, il me parait donc nécessaire de souligner plusieurs choses. Tout d’abord, il convient de ne pas confondre la condamnation du soutien de Mitterrand à Polanski et l’œuvre littéraire du 1er. Des crimes ont été perpétrés par le cinéaste et ils doivent être punis. On peut discuter sur la façon dont il a été arrêté (piège ou coïncidence),etc… mais en aucun cas nous pouvons le blanchir. Ce fut la seule erreur du Ministre de la Culture. C’est ce que souligne Sub lege libertas sur le blog de Maître Eolas (d’ailleurs, je vous recommande la lecture de l’article, voire du blog entier, car il apporte un éclaircissement intéressant sur la justice française)
Rappelons au préalable que le procureur que je suis répugne à considérer que le récit livré à la publication par Frédéric Mitterrand de sa Mauvaise Vie soit un procès verbal de déclarations circonstanciées devant un enquêteur de police. L’auteur en question indiquait lui même lors de sa parution qu’il puisait sa source dans ses expériences et sa vie mais que pour autant, faisant œuvre de littérature – ce dont je ne jugerai pas ici, le personnage de son livre était un être de fiction condensant aussi ses fantasmes et ses désirs dans le récit de leur assouvissement. Je ne peux rien pour ceux qui ne peuvent s’empêcher de croire que Sherlock Holmes vit réellement au 221 bis Baker Street et qui lui écrivent. Il est donc également inutile de préciser que Donatien Alphonse François marquis de Sade n’a pas réellement mis en œuvre l’intégralité des pratiques sexuelles et autres déviances qu’il relate dans Les Cent Vingt Journées de Sodome, manuscrit de l’embastillé qui fantasmait la liberté jusqu’à la mort quand ses journées ne lui laissaient que l’enfermement, la plume et sa main.
On n’a pas à être puni pour un crime qui, pour l’instant, semble être de l’ordre fictionnel. C’est pourtant ce que certains semblent souhaiter pour Mitterrand. Jusqu’à preuve du contraire, il est innocent et l’art n’est pas un crime, quand bien même il dépeindrait des situations illégales. Personne n’a violé ni tué dans la Mort de Sardanapale, Dolores Haze n’a pas été victime d’un pédophile, il n’y a aucune violence dans Orange Mécanique, Amon Amarth n’a jamais sacrifié de bouc et ses membres ne se baladent pas en ville avec des haches affûtées. Si toutefois on s’entêterait à vouloir condamner/censurer des œuvres d’art pour ces motifs , on s’approcherait dangereusement de 1984.
L’art n’a pas non plus à être beau, vrai et montrer une direction à suivre, contrairement au papier cité au début de cet article. Bien entendu qu’il peut l’être, il y a de nombreux chefs-d’œuvre allant dans ce sens. Mais le limiter à cela, c’est se priver de véritables monuments et c’est donc appauvrissant. On peut très bien vouloir exprimer autre chose que la beauté et il ne faut pas oublier que le but de l’art n’est pas forcément accessible directement, puisqu’un œuvre n’est rien sans son récepteur (spectateur, auditeur,etc…). Elle peut chercher dans bien des cas à provoquer une réaction de sa part, susciter une réflexion allant au-delà de l’apparence première. Encore faut-il que le spectateur sache la dépasser, ce qui semble-il n’est pas donné à tout le monde. Et s’il n’y arrive vraiment pas, il peut toujours tourner les talons.
La pédophilie est un crime horrible. Cependant, elle n’est pas une autorisation pour dire tout et n’importe quoi…






