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Sans titre

Il est tard, ça fait plusieurs heures que je suis assis sur ce banc du cimetière. Je ne sais pas vraiment pourquoi j’ai choisi d’imaginer être à cet endroit, peut-être est-ce parce qu’il est particulièrement calme, peut-être parce que j’ai le vain espoir que ses habitants répondent à mes peurs. Puis dans le fond, je m’en fous , j’ai juste envie d’être là, de laisser mon esprit voguer. Et vous, pourquoi vous me lisez? Qu’est-ce que diable vous voulez apprendre? Peut-être que je m’écris juste à moi-même via une fiction irréelle? Après tout, libre à vous d’interpréter comme vous voulez, si vous êtes tombés sur ce texte, je doute que je puisse faire quoi que ce soit pour vous empêcher de le lire. Maintenant, si vous voulez bien me laisser poursuivre…

Je me demande souvent ce que je fous sur cette putain de planète, mon rôle, ma place dans le puzzle. C’est peut-être ce sentiment d’étrangeté qui rend si urgent de combler mes carences. On peut vivre avec un vide, mais avec autant? Je ne pense pas que je puisse survivre longtemps ainsi, c’est exponentiel, plus on attend, plus ça tape sur le système et plus ça rend fou. Et pourquoi ai-je autant de difficultés à les combler, beaucoup y arrivent très bien, et les autres s’en accommodent sans problème.

Mais pire que tout ça, c’est le sentiment cyclique d’échec permanent et à répétition. On est heureux d’arriver au sommet d’un creux et on se rend alors compte qu’on doit redescendre pour inexorablement remonter. Comment Sisyphe a-t-il fait pour faire rouler son rocher à perpétuité? Comment a-il fait pour ne pas se suicider? Je n’aurai pas son courage je crois. Mais il y a des promesses qu’on ne trahit pas, bien que je souhaite maintenant ne jamais l’avoir faite.

Je suis fatigué…

S-35-017843 et S-47-203257

N° S-35-017843
Je suis dans ce train, en direction de la zone S-47. Suite à la 3ème Guerre Mondiale et à l’éclatement des pays les uns après les autres, il y a de cela une bonne cinquantaine d’années, une nouvelle division du monde fut mise en place. On ne sait pas ce qu’il en est pour des endroits très éloignés comme les Terre de l’Ouest, tout moyen de communication ayant été coupé. D’ailleurs, on est bien plus occupés à tenter de survivre. Le temps passant, des portions de réseaux furent rétablies mais sans coordination, cela dépendait de la bonne volonté de quelques personnes.

Quant aux moyens de transport, les véhicules à essence sont devenus bien plus rares, faute de compagnie pétrolière, les gens devant s’organiser eux-mêmes pour trouver du combustible. Les trains fonctionnent à l’électricité, ce qui ne permet leur circulation qu’entre les grands axes, là où la présence humaine est assez forte pour permettre la construction de centrales et la remise en état des voies.

La zone S-47 est quasi-inhabitée, à part une ville. Je m’y rends pour y consulter les archives d’un des rares ordinateurs d’avant-guerre fonctionnant encore. J’espère y trouver des informations qui permettront la remise en route d’une bonne partie du réseau informatique de la zone S. Cela favoriserait grandement le développement de la zone et ils pourraient constituer un pôle attractif pour de nouvelles colonies.

Enfin, j’arrive à destination. La gare est en bien piteux état, elle est peuplée de prostituées, de dealers et de toxicos. Certains sont complètement ravagés, gangrenés ; mais il y a ceux qu’on pourrait encore sauver, comme cette fille aux yeux presque éteints.

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Luxure

Luxure

Voilà elle sonne. K. Va lui ouvrir, avec cet air pervers que je lui connais bien. S’il savait comme il se trompe, l’imbécile! Il est mon esclave, celui de son boulot, celui de ces pauvres âmes qu’il fait venir chez lui et qui pour un peu d’argent leur achète pour une heure ou plus selon l’envie leur corps, terre maintes fois souillée.
Aujourd’hui c’est la brune aux yeux verts éteints, du gloss sur les lèvres. Elle porte un long manteau brun et des talons-aiguille. Il la fait entrer, la fait s’asseoir sur le canapé et va chercher du champagne. Un bref instant, il revient et pose la bouteille tout près de moi, sert deux verres, en tend un à la pute et avale une orgée. Elle, elle fait son sourire de ciconstance, car comme nombre de ses soeurs filles de l’amour, il n’y a rien qu’elle ne déteste plus que son métier. Lui, il s’approche un peu plus de moi et je me sens soudain arracher une partie de moi-même, mais c’est une sensation à laquelle je me suis habituée. Quant à elle, elle ne veut pas de moi ce soir, c’est plutôt étrange mais bon.
Pendant qu’il tombe un peu plus dans le gouffre de ma dépendance, elle entame un strip-tease bien court, puisqu’à sa demande, elle ne portait sous son manteau que des sous-vêtements en latex. Il m’arrache encore une fois à moi-même; quant à moi mêmne si je meurs ainsi à petit feu, je n’en suis que plus heureuse en mon for intérieur.
Elle lui demande d’aller sur le lit et le déshabille. Ce qui me perturbe aujourd’hui, c’est que je sens en elle une certaine sérénité, un apaisement, chose que je n’ai jamais sentie chez elle auparavant. Mais avant de passer aux choses sérieuses, il me dérobe encore un peu de ma substance. Ils sont maintenant tous les deux nus, mais il semblerait qu’elle ait décidé de changer le programme aujourd’hui, puisqu’elle sort une paire de menottes de son sac qu’elle lui fait passer.
Comme le feu sur la glace, elle le fait fondre et lui semble proche de l’extase, mais qu’est-ce, une extase pour laquelle on paie? Elle exécute son art comme jamais je ne l’ai vu faire auparavant, comem si pour avait vraiment envie de lui donner du plaisir. Il faut dire que je ne la comprends pas vraiment, voire pas du tout.
Les halètements se font de plus en plus lourds et rapprochés, son expression laisse penser à un volcan qui va exploser. Ses muscles s’étendent presque imperciptiblement, elle le ressent aussi et glisse la main dans le sac tout en continuant à le chevaucher. Et puis le volcan explose, lui donnant une extase comme jamais il n’en a eu, le visage presque souriant. Puis elle sort un couteau de son sac, le place à l’emplacement du coeur de son client qui prend soudain un air terrifié et elle enfonce la lame en douceur, pour mieux lui faire ressentir la douleur qu’il lui fait subir psychologiquement. Son visage exprime la phobie de sa propre mort à jamais.
Elle se relève d’un air soulagé, relâché, met le couteau dans son sac puis se rhabille, elle vient vers moi, je sens que c’est mon tour. Et je disparais à tout jamais dans ses narines…

Lettre à une disparue

Ici, il y a trois ans jour pour jour, nous nous sommes parlés pour la première fois. Les branches des arbres me semblent résonner encore du son de ta voix et je m’imagine que tu es là-bas, derrière cette colline aux reflets mordorés. Le vieux chêne sur lequel j’avais gravé ton nom est toujours là, offrant son ombre à mon âme esseulée. Étrangement, ses feuilles sont toutes tombées, comme si lui qui nous avait vus naître savait que tu n’étais plus et se laissait dépérir. Il n’est pas le seul, d’ailleurs… Je n’ai plus d’intérêt pour rien, je passe mes journées à te faire revivre à travers mes souvenirs, vestiges d’un passé pourtant si présent. Même cette lettre n’est vouée qu’à ce seul but, me montrer que tu existes encore, ne serait-ce que dans un recoin de mon cœur, non pas parce que je t’aimais mais parce que je t’aime toujours.

Ici, je me sens bien pour t’écrire car j’ai l’impression que tu pourras l’entendre là où tu es. C’est aussi ici que je suis venu après l’accident pour étancher ma soif de larmes en toute tranquillité. J’ai d’ailleurs dû y rester au moins trois bonnes heures avant de pouvoir faire autre chose. Je suis passé par toutes sortes d’états d’esprit qui tourbillonnaient dans ma tête: la révolte bien entendu, contre l’injustice, le « pourquoi toi ? »; le regret de m’être disputé avec toi car c’est pour ça que tu n’as pas regardé en traversant et finalement la tristesse de t’avoir perdue à jamais. Je te revois dans mes bras, mourante. Du sang macule ton visage et se mélange à mes larmes. Et tu me regardes avec cet ultime sourire que tu as arraché à la vie, le dernier souvenir que je garderai de toi, un visage paisible et bienheureux. Tu as vécu dans la sérénité et de même tu t’en vas. Et moi, c’est dans l’inquiétude et l’angoisse que je vois. L’ombre et la lumière…

Tu sembles me dire de ne pas m’inquiéter, que ce n’est rien. Tu ne parais même pas effrayée par ta propre mort. Ou plutôt, tu l’as d’ors et déjà acceptée, te sachant inéluctablement glisser vers elle.

Et puis l’ambulance t’emporte. Un policier me demande de lui expliquer ce qui s’est passé puis me demande si je souhaite m’entretenir avec un psychologue. Je ne lui réponds qu’avec un regard et là, il comprend que rien ni personne ne peut m’aider. Il balbutie tout de même un misérable mot d’encouragement. J’ai erré ensuite pendant quelque temps, sans remarquer que mes pas m’avaient ramené au lieu de notre première rencontre. Ca m’a permis de prendre conscience et d’accepter que la boucle soit bouclée. Je ne pourrai jamais te dire adieu car ça serait le début de l’oubli, la véritable disparition. Mais quand je mourrai à mon tour, j’emporterai ton souvenir avec moi.

Je l’aimais tellement

Je l’aimais tellement… Il a été le premier, et le seul, que j’aie jamais aimé. Des noirs corbeaux viennent de s’élever au-dessus de sa tombe comme autant d’anges l’emportant vers le cieux. Je ne peux me résoudre à le laisser s’en aller ainsi, c’est bien trop dur. Je laisse échapper une larme; c’est la première que je verse depuis qu’il est parti, comme si la douleur était trop pour s’exprimer de mon âme. À chaque larme qui s’échappe, c’est un peu de ma vie qui s’écoule, comme un sablier égrenant le temps qu’il me reste.

Je me balade un peu à l’ombre des arbres bordant le cimetière, laissant voguer mes pensées au gré de leurs envies. C’est peut-être pour moi le meilleur moyen de passer le cap, le seul que j’ai pour ne pas sombrer dans la folie et la douleur éternelle.

Il était tout pour moi, tous mes espoirs, toutes mes envies, mon bonheur, tout entier se fondait sur lui. Et tout s’est écroulé comme un château de cartes. La brise du néant souffle sur cet abîme insondable qu’il a laissé derrière lui; c’est comme si l’on m’avait arraché le coeur d’un coup. Je ne suis pas un corps sans vie mais plutôt un corps sans âme, un zombie, plus morte que vivante, errant sans autre but que de penser, penser et encore penser, penser encore et toujours pour tenter de soigner ma douleur, éteindre le feu qui brûle en moi. Le puis-je seulement?

Le soir est tombé, tout est sombre et sans vie, cela commence à gagner mon coeur déjà rongé par la douleur. J’éclate en sanglots et tombe à genoux, comme si je ne réalisais vraiment que maintenant ce qui s’était passé. Une angoisse terrible me prend à la gorge, de celles que vous savez qu’elle ne vous quittera jamais, qu’elle vous accompagnera toute votre vie; j’en tremble, les mots n’arrivent plus à sortir, dans ma tête, il n’y a que tourments et désespoir; à cet instant l’univers tout entier semble s’écrouler.

Toute ma vie défile devant moi: notre rencontre, nos rires et nos larmes, notre premier baiser, quand nous faisions l’amour, nos balades main dans la main. Puis je me suis rappelé chacun des détails de son visage. Et l’angoisse de l’avoir perdu allait toujours croissant; elle devient de moins en moins supportable. Mes yeux se ferment; de toute façon il n’y a plus rien en ce monde que j’aie envie de voir.

Subitement, je deviens calme et sereine, ma gorge se dénoue, je sens une bouffée de parfums, mes muscles se relâchent, ma vision s’éclaircit de plus en plus, jusqu’à être une clarté totale, mes lèvres esquissent un sourire car je sais maintenant que je vais te rejoindre là-bas. Je me suis tranché les veines…